Prix Lumière

Monstres, je vous aime !


Posté le 21.10.2022


 

De l’imagination folle de Tim Burton sont nées des créatures fantastiques, monstrueuses et souvent attachantes. Petite galerie tératophile.

 

Beetlejuice

Symbole précoce du cinéma de Tim Burton, ou la monstruosité est la norme et la normalité monstrueuse, Betelgeuse, alias Beetlejuice, est un tonitruant bio-exorciste : vaguement escroc, assez grossier voire obsédé sexuel, il promet aux fantômes persécutés de se débarrasser des vivants trop entreprenants. L’inverse d’un exorciste traditionnel, donc. Il autorise Michael Keaton à une prestation ébouriffante et déjantée, qui d’une certaine façon annonce le joker. Irrésistible !


BEETLEJUICE
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Edward aux mains d’argent

C’est une créature inachevée, que son créateur – Vincent Price, bouleversant – a laissée avec en guise de mains des lames tranchantes. Mais le gentil Edward ne veut de mal à personne… Variation troublante du mythe de Frankenstein, Edward aux mains d’argent parachute un être différent dans la routine d’une banlieue résidentielle qui ressemble au Burbank où Tim Burton a grandi. Et l’intolérance est bien là... Incarné génialement par Johnny Depp en double du cinéaste, Edward est peut-être le dernier héros romantique.


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Le Joker

Avant, il n’était qu’un petit malfrat, au service du principal « bad guy » de Gotham City ; mais un séjour dans un bain d’acide en a fait un clown défiguré, un « homme qui rit » pour toujours… Habillé de tenues aux couleurs extravagantes, Jack Nicholson s’en donne à cœur joie dans le rôle de celui qui considère le crime comme un art. Séquence inoubliable, la visite au musée Fluegelheim, où, en dansant sur du Prince, le Joker barbouille les chefs-d’œuvre de la peinture et s’incline devant son maître ès horreur : Francis Bacon. Un vrai sale type !


BATMAN
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Jack Skellington

Il est le cerveau de Halloween Town, celui qui tous les ans conçoit la plus horrifique des fêtes. Mais une certaine lassitude a gagné cet élégant squelette : découvrant Christmas Town, Jack se met en tête de transformer la célébration annuelle de la peur et des monstres. Mal lui en prend… Romantisme noir encore : les chansons de Danny Elfman, bâties sur le parlé-chanté des grandes comédies musicales américaines créent un irrésistible héros dépressif, un promeneur solitaire. Le plus attachant des monstres !


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Sweeney Todd

Un monstre vraiment ? Ou plutôt un homme blessé, voire mort-vivant de retour de l’au-delà. Le « diabolique barbier de Fleet Street » n’a qu’un projet : se venger de ceux qui ont fait sa femme, brisé sa vie. C’est peut-être le plus noir des films de Tim Burton, une version cruelle d’Edward aux mains d’argent, le rasoir acéré du barbier destiné à tuer, à supprimer le mensonge, l’hypocrisie et les maléfices de la bourgeoisie triomphante. C’est raide, mais il est difficile de ne pas avoir d’empathie pour la juste colère de la créature la plus sanglante de l’univers Burtonien.


SWEENEY-TODD
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Spanky

Un chien qui ne ressemble à rien : tué par une voiture, l’animal domestique du petit Victor (prénom également porté par un baron bien connu) revient à la vie un soir d’orage et de foudre, le corps constellé de cicatrices, raccommodé de la façon la moins harmonieuse qu’il soit. Impossible de ne pas aimer ce pauvre toutou–monstre, auquel Tim Burton donna vie dans un premier court-métrage en 1983 puis consacra un génial et hilarant film d’animation, Frankenweenie, qui incite à la prudence quand il s’agit de ressusciter des créatures mortes. Message bien reçu.


FRANKENWEENIE
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Aurélien Ferenczi


 

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